Relève-toi et rappe ! Entretien avec Nina Miskina

Relève-toi et rappe ! Entretien avec Nina Miskina Posté le 17 septembre 2014 par Mosko. Cet article a été vu par 1721 personnes.

Le rap de Nina Miskina est violent. Sombre. Envoûtant. Tête haute et poings serrés, elle chante sa vie. Son parcours est celui d’une combattante marginale : parsemé d’embûches, couronné de succès.

« Un jour, je claque la porte de chez moi. Je marche, sans savoir où je vais. La nuit tombe. Une copine m’héberge. Quelques années après, je commence à rapper. »

Aujourd’hui, à 31 ans, Nina Miskina enseigne le rap à Paris après dix ans à sillonner les scènes bruxelloises. Un comble pour celle qui « tombe par hasard dans le rap » à 18 ans.
Originaire du Congo, elle arrive en Belgique à six ans chez sa tante, au milieu de cinq autres enfants. Des relations familiales tendues. Avec le rap aussi. Adolescente, elle juge le rap trop masculin, ne se reconnaît pas dans les paroles. A peine majeure, elle claque la porte de chez elle. « Le bien que ça m’a fait » confie Nina, même si à cause de cette décision, elle « en prend plein la gueule ».

Puis, la galère. Pas d’argent, besoin de remplir le frigo. Dépressive. Une amie lui propose un boulot un peu particulier: « j’ai bien compris que c’était un bar à putes ». Elle hésite, passe plusieurs fois devant le bar avant de franchir le pas. « La première fois est difficile. Les autres fois aussi, d’ailleurs ». Son corps est en mode automatique. « A cette période, je n’étais plus moi-même », lâche la rappeuse. Huit mois, avant que ses amis ne s’en aperçoivent. Ils la sortent de là. Une vie à reconstruire. Ça passe par le rap.

Comment tu as commencé à rapper?

Il me faut deux ans pour écrire mon premier morceau, « Un verre de plus ». Deux ans, entouré de L’Ultime Team, un crew de rappeurs belges et d’amis qui m’apprennent les fondamentaux du rap. Ils me donnent mon nom de scène : Nina Miss Kinshasa devient Nina Miskina. Je suis prête, monte sur scène et enchaîne les concerts. Je veux prouver qu’une femme peut rapper. 2010, sortie de mon EP « Désordre ». Et puis, en 2011 je remporte le prix Parole Urbaine.

A cette époque, le rap me servait d’exutoire. Aujourd’hui, je suis plus mature, plus posée. S’il y a bien une chose que j’ai apprise en rappant, c’est que ce n’est pas forcément quand tu dis un truc en colère que ça a plus d’impact, au contraire.

Est-ce qu’il y a des caractéristiques au rap belge?

Malgré ce qu’on peut croire, ce ne sont pas les mots mais des belgicismes, qui caractérisent le rap belge. Fieu, nonante, septante, logopède. Les constructions de phrases sont totalement différentes. C’est pour ça qu’en général, les Français aiment le rap belge. Ce n’est pas la même manière d’amener les choses. C’est aussi un humour différent et des phrases improbables.

Moi je fais super attention au français, vu que je suis à Paris. J’essaie de faire des supers constructions de phrases. Je demande des rectifications, si c’est compréhensible. Par exemple « toucher ». En France, tu ne diras jamais « j’ai touché », tu dis « j’ai été payé ».

Quelles évolutions du rap en Belgique?

Il y a eu une évolution dans le rap belge. On a pris exemple sur le rap français en faisant quelque chose d’un peu différent. La particularité du belge, c’est qu’il apprend vite et qu’il veut sans cesse innover. On est super rapides. Les Français, c’est beaucoup de blabla pour pas grand-chose. Nous on est là, on a l’air un peu à la masse, mais on percute très vite. Le rap belge est très diversifié mais pour moi, c’est surtout des artistes comme Gandhi, Scylla… La famille ! (rires) Des gens qui regardaient mon évolution quand je rappais sur un banc.

Regardez le premier morceau de Nina Miskina : Un Verre de plus

Lucas Desseigne – Clément Guerre – Alvin Koualef

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